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Jeux de main

Ecrire à quatre mains, le compte est bon si l’on considère que les deux co-auteurs sont ambidextres et auraient donc utilisé les quatre mains. La littérature ne doit rien aux mathématiques. Cette expression exprime l’écriture d’un ouvrage à deux. C’est surtout une belle métaphore de la collaboration à l’écriture d’une même œuvre littéraire. On trouve des sites proposant des conseils pour se lancer dans l’expérience.

Sur le site Homoromance-editions.com,  le 15 janvier 2024, Kyrian Malone écrit dans ses conseils d'écriture : L'écriture à quatre mains, c'est comme une danse à deux où chaque pas, chaque mouvement compte et où l'harmonie doit être reine. Elle requiert non seulement de la complicité, mais aussi une compréhension mutuelle des rythmes et styles de chacun. Un 4 mains, c'est s'offrir les forces de l'autre et combler ses faiblesses. C'est la plus merveilleuse expérience d'écriture que je souhaite à toutes celles et ceux qui cherchent leur "plume-sœur "…



Les quatre mains écrivent mais, en littérature, les mains sont aussi celles des personnages des récits.  


La main peut être meurtrière ou bien salvatrice. Il y a la main du crime et celle de la Justice. Elle peut être lourde ou légère, se crisper ou se tendre. " Il n'aurait fallu qu'un instant de plus pour que la mort vienne ; ta main est venue ; elle a pris la mienne " (Aragon) Elle peut être menaçante ou, main dans la main, fraternelle. Elle peut être un moyen d’expression avec ou sans parole…


La première forme de peinture réalisée par l'homme, il y a près de 40 000 ans, ce sont des empreintes négatives ou positives de mains. Darwin a écrit que " L'homme n'aurait jamais atteint sa place prépondérante dans le monde sans l'usage de ses mains ". Le philosophe Engels a écrit un essai intitulé Du rôle de la main dans la transformation du singe en homme : la main est synonyme de travail et de dignité. Ne dit-on pas de quelqu’un qui travaille dur : " Il n’est pas manchot " ou bien " Il met la main à la pâte. " Garder les mains dans les poches ", " avoir un poil dans la main " (poil qui ne peut pousser que par manque d'usage) sont des expressions courantes pour désigner un paresseux, un gros fainéant. ". Le travail de la main est souvent considéré comme un travail de qualité : " fait main ", " cousu main ", " ramassé à la main ". C'est aussi un signe d'appartenance à une classe sociale : " mains calleuses " pour ceux qui sont employés à des tâches manuelles, " mains blanches " pour ceux qui ont des professions intellectuelles ou qui n'ont pas besoin de " se salir les mains " à travailler. Et puis l'expression " se salir les mains " signifie également " se compromettre ". Dans le débat philosophique sur la morale, il était reproché aux Kantiens de ne pas avoir de mains. Les mains sont présentes dans les croyances : La main de Fâtima chez les Musulmans, les stigmates de la crucifixion chez les Catholiques, l’apposition des mains pour accomplir les miracles, les lignes de la main… En héraldique, la main fermée signifie le secret et la main ouverte, la confiance.


Les caresses sont réservées à l’intimité… Poignée de main, baisemain, mais aussi gifle, claque et tape sont au nombre des rares formes de contact physique conventionnellement admises dans nos vies courantes y compris entre individus ne partageant pas une intimité particulière. Dans ce cadre, une main molle et une poigne de fer sont réputés être les marques d'un tempérament particulier. Certains n’hésitent pas à " vous passer la main dans le dos " pour vous amadouer. C'est souvent la main qui sert à arrêter une négociation, à s'engager : " top-là " L'appartenance mutuelle des époux est aussi symbolisée par un anneau qu'ils portent à la main. D'ailleurs, on dit que le père de la promise consent à donner la main de sa fille. Jusqu'au début du XIXe siècle la nudité de la main d'une femme était le signe de sa reddition amoureuse : l'amant avait " tout " lorsque sa belle " ôtait les gants ". La main sert à donner et à recevoir : " La main qui donne est bien plus heureuse que celle qui reçoit " (Actes des apôtres) …Dans certaines cultures ou certains pays, on tranche (ou l'on tranchait) la main des voleurs. C'est notamment le cas des états qui appliquent la loi coranique : Le voleur et la voleuse, à tous deux coupez la main...


Et puis, dans la littérature, il y a de glorieuses ou sombres histoires de mains coupées… Dans les glorieuses, on peut citer " La main coupée " de Blaise Cendrars. Cet ouvrage est une œuvre autobiographique dans laquelle Blaise Cendrars (1887-1961) évoque son expérience de la guerre de 14-18. De nationalité suisse, il s'est alors engagé comme volontaire étranger dans l'armée française et il a perdu sa main droite au combat le 28 septembre 1915. Il obtiendra par la suite la nationalité française. Le roman " La main coupée " est édité chez Gallimard collection Folio. Un épisode de Fantomas est intitulé La Main coupée.


Aujourd’hui, histoire de passer la main aux histoires sombres, nous avons choisi que Guy de Maupassant vous raconte deux histoires de mains d’hier puisque cela remonte au 19ème siècle… Il s’agit de deux récits à une main. Voici donc « La main d’écorché » et « La main » …


LA MAIN D'ÉCORCHÉ, texte publié dans L'Almanach lorrain de Pont-à-Mousson de 1875 sous la signature de Joseph Prunier. Cette nouvelle fantastique est considérée comme la première de Guy de Maupassant ; elle fut publiée seulement grâce à son ami Léon Fontaine dont le cousin dirigeait L'Almanach. Elle est inspirée par une visite chez le poète anglais Algernon Swinburne. Des éléments de La Main d'écorché seront repris dans la nouvelle La Main parue en 1883. Lors d’une soirée entre étudiants, Pierre B., un ami d’enfance du narrateur, raconte comment il a acquis la main écorchée d’un criminel célèbre du XVIIIe siècle. L’homme avait tué sa femme et le curé qui les avait mariés, et avait été supplicié après maints autres délits. Le lendemain, le narrateur visite son ami et constate qu’il a pendu la fameuse main à la sonnette de son appartement. Quand son propriétaire exige qu’il retire cette charogne, Pierre la place dans son alcôve. Dans la nuit, le narrateur est réveillé par le domestique de son ami, ce dernier est au plus mal, il faut aller le visite…


LA MAIN est une autre nouvelle fantastique de Guy de Maupassant, parue en 1883. Elle reprend des éléments de la précédente.  La nouvelle est initialement publiée dans la revue Le Gaulois du 23 décembre 1883, puis dans le recueil Contes du jour et de la nuit en 18851. L'histoire se déroule au XIXe siècle. Au milieu d’une assemblée, M. Bermutier, juge d’instruction, raconte une affaire inexplicable qui affolait Paris. Il exerçait à Ajaccio et devait s’occuper de vendetta. Un jour, un Anglais s’installe en ville et devient l’objet de rumeurs : il serait un personnage en fuite pour une affaire politique. Tous et chacun ont un avis sur son compte. Cela intéresse bientôt le juge qui cherche à obtenir des renseignements sur Sir John Rowell. C’est par la chasse que pratiquent les deux hommes que le contact se fait…



 
 
 

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