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Le riacquistu des seventies corses

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L'histoire contemporaine de la Corse entre 1970 et 1985 est marquée par des tensions politiques, sociales et identitaires, ainsi que par l'émergence d'un mouvement nationaliste fort. Cette période est souvent considérée comme un tournant dans l'histoire récente de l'île, avec des revendications culturelles, économiques et politiques qui ont conduit à des conflits et à une prise de conscience accrue de l'identité corse.

Le riacquistu (qui signifie "réappropriation" en corse) est un mouvement culturel et identitaire apparu en Corse dans les années 1970. Il s'inscrit dans un contexte de renouveau de la langue, de la culture et des traditions insulaires, souvent en lien avec les revendications politiques et autonomistes.

Le court énoncé qui suit est, bien entendu, un raccourci historique, une sorte d’introduction neutre pour celles et ceux qui, ensuite, prendront le temps de s’informer pour éventuellement se faire une opinion sur l’histoire longtemps occultée de la Corse. Les ouvrages ne manquent pas sur le sujet et les historiens insulaires ont exploré le passé de la Corse.


Quelques dates :

– de 1965 à mi-1970 : radicalisation des revendications d’abord régionalistes puis autonomistes et enfin nationalistes.

– 1972 : « affaire des boues rouges » de la Montedison, déversements de produits toxiques au large du Cap Corse.

– 1975, 21 août : à Aléria : quelques dizaines d’hommes armés de fusils de chasse, entraînés par le docteur Edmond Simeoni, occupent la ferme d’un viticulteur rapatrié suspecté d’être mêlé à un scandale financier.

– 1976 : le 5 mai, au cours d’une nuit bleue création du FLNC réclamant la reconnaissance des droits nationaux du peuple corse, le droit à l’autodétermination et un pouvoir populaire démocratique en Corse.

– 1976 : mise en place de la « bidépartementalisation » : l’île est organisée en deux départements, la Haute-Corse et la Corse-du-Sud

– 1981 : « réouverture » de l’université de Corse à Corte

– 1982 : les lois du 2 mars et 30 juillet donne un statut particulier à la région Corse et la première assemblée de Corse est élue au suffrage universel direct le 8 août.


Le mouvement du riacquistu est né en réaction à plusieurs phénomènes :

  • La marginalisation progressive de la langue corse, au profit du français.

  • L’uniformisation culturelle liée à la modernisation et à la mondialisation.

  • La volonté de préserver et revitaliser un patrimoine culturel en déclin.

Les années 1970 sont donc marquées par une prise de conscience identitaire en Corse, avec des luttes pour la reconnaissance de la langue, le développement d’un enseignement spécifique et la protection du territoire insulaire face à la spéculation immobilière.

 

Contexte économique et social

Dans les années 1970, la Corse fait face à des difficultés économiques structurelles. L'île, largement rurale, souffre d'un retard de développement par rapport au continent. Le secteur agricole est en déclin, et le tourisme, bien qu'en croissance, ne parvient pas à compenser les disparités économiques. Le chômage, notamment chez les jeunes, est élevé, et beaucoup de Corses quittent l'île pour trouver du travail sur le continent ou à l'étranger.

Parallèlement, la Corse connaît une transformation sociale avec l'arrivée de nombreux rapatriés d'Algérie (les "pieds-noirs") après l'indépendance de l'Algérie en 1962. Ces nouveaux arrivants s'installent souvent dans les plaines côtières, ce qui accentue les tensions foncières et contribue à un sentiment de dépossession chez certains Corses.

Les domaines d’expression du Riacquistu

Le mouvement s’est traduit par un renouveau dans plusieurs domaines :

  1. La langue corse

    • Promotion et enseignement du corse à l’école.

    • Création d’écrivains, de poètes et de chercheurs engagés pour la reconnaissance officielle du corse.

  2. La musique et la chanson

    • Apparition de groupes comme Canta u Populu Corsu, I Muvrini, A Filetta… qui utilisent la musique pour défendre l’identité corse.

    • Réappropriation des chants traditionnels et développement de nouveaux styles inspirés des polyphonies corses.

  3. Le théâtre et la littérature 📖

    • Écriture et mise en scène de pièces en langue corse.

    • Développement d’une littérature insulaire revendiquant des thèmes identitaires et historiques.

  4. L’artisanat et la culture populaire 🎨

    • Mise en avant de l’artisanat local (coutellerie, tissage…).

    • Valorisation des fêtes et des traditions insulaires.

 

Émergence du mouvement nationaliste

C'est dans ce contexte que le mouvement nationaliste corse prend de l'ampleur. Les revendications portent sur la reconnaissance de l'identité corse, la défense de la langue corse (menacée par la domination du français), et une plus grande autonomie politique et économique.

En 1976, l'Action Régionaliste Corse (ARC), créée en 1967, se radicalise et donne naissance au Front de Libération Nationale de la Corse (FLNC). Le FLNC, organisation clandestine, revendique l'indépendance de la Corse et mène une série d'attentats contre des symboles de l'État français (bâtiments publics, résidences secondaires de continentaux, etc.). Ces actions s'accompagnent de prises de position politiques, avec des appels à la reconnaissance des droits du peuple corse. Jusqu’aux années 80, des membres du FNLC tenteront de faire sortir le mouvement indépendantisme de la clandestinité sans y parvenir.

Réponses de l'État français

Face à la montée du nationalisme et à la violence, l'État français réagit par des mesures à la fois répressives et conciliantes. D'un côté, les forces de l'ordre sont déployées pour lutter contre le FLNC, et de nombreux militants sont arrêtés. De l'autre, des réformes sont mises en place pour répondre aux revendications culturelles et économiques.

La Corse devient une collectivité territoriale à statut particulier, avec la création de deux départements (Corse-du-Sud et Haute-Corse). En 1982, sous le gouvernement de François Mitterrand, un statut particulier est accordé à la Corse, lui donnant une plus grande autonomie administrative. L'Assemblée de Corse est créée, dotée de compétences élargies en matière de développement économique et culturel.

Tensions et violences

Malgré ces réformes, les tensions persistent. Les années 1980 voient une escalade de la violence, avec des affrontements entre groupes nationalistes rivaux et des actions du FLNC. Les attentats visent souvent des symboles de la présence française ou des intérêts économiques perçus comme néfastes pour l'île (comme les résidences secondaires ou les projets touristiques).

En 1982, l'affaire dite des "fraudes fiscales" éclate, révélant des malversations dans la gestion des fonds publics en Corse. Ce scandale alimente le sentiment de corruption et de méfiance envers les élites locales et l'État français.


Aspects culturels


Des initiatives corsistes apparaissent dès 1914, par exemple avec la création par de la revue A Cispra, par Xavier Paoli et Jacques Toussaint Versinia. Un seul numéro paraît. L'initiative la plus notoire et notable est le journal A Muvra, fondé par Petru Rocca en 1920. Ce journal donne naissance à un véritable mouvement politique et culturel — les muvristes — et devient dès 1923 l'organe de presse officiel du Partitu Corsu d'Azione (PCA), lui aussi fondé par Petru Rocca.

Sur le plan culturel, Petru Rocca et le mouvement muvriste posent aussi les bases du Riacquistu des années 1970, non seulement par une importante production en langue corse, mais aussi par une première expression de revendications telles que la demande de reconnaissance du peuple et de sa langue ou encore la réouverture de l’université de Corte. . Ces mouvements sont à l'origine d'un important renouveau de la langue corse et d'un travail de promotion des anciennes traditions culturelles corses.

À la fin des années 1950, la démographie et l'économie insulaires atteignent leurs plus bas niveaux. Depuis la fin du XIXe siècle, la Corse continue de se dépeupler en cumulant une situation démographique inquiétante ainsi qu'un retard immense en termes d'industrie et d'infrastructure. Nombreux sont alors les Corses à prendre conscience du déclin démographique et du délabrement économique de l'île

En août 1956, Henri Ceccaldi, journaliste et président du groupe culturel et artistique "Altitude", associé au journal U Muntese que dirigeait Pierre Ciavatti, était à l'initiative d'un grand rassemblement des poètes et des écrivains dialectaux de la Corse.  Il s'agissait d'une sorte de consulta pacifique pour défendre notre langue et notre culture.  C'est un festival qui s'installa pendant quatre saisons de 1956 à 1959 sous les châtaigniers tricentenaires dans un magnifique théâtre de verdure, à Evisa.

En 1959 est fondé le Mouvement du 29 novembre, qui organise des mobilisations très suivies pour un aménagement de fiscalité, contre la vie chère et contre l'abandon des réseaux de transports.

Parallèlement à la lutte politique, les années 1970 et 1980 voient un renouveau culturel en Corse. La langue corse, longtemps marginalisée, fait l'objet d'une revalorisation. Des associations et des militants œuvrent pour sa promotion, notamment dans les écoles. La musique corse traditionnelle connaît également un regain d'intérêt, avec des groupes comme Canta u Populu Corsu qui mêlent chants traditionnels et revendications politiques.

Les Débuts de la Littérature Corse

La littérature corse trouve ses racines dans la tradition orale, avec des contes, des légendes et des chants populaires transmis de génération en génération. Ces récits, souvent liés à la vie rurale et aux valeurs communautaires, constituent un patrimoine culturel précieux.

La Renaissance de la Langue Corse

Au XXe siècle, un mouvement de renaissance culturelle et linguistique a émergé en Corse, visant à revitaliser la langue corse et à promouvoir la littérature insulaire. Des auteurs comme Santu Casanova et Ghjacumu Thiers ont joué un rôle clé dans ce mouvement, en écrivant des œuvres en corse et en encourageant l'utilisation de la langue dans les domaines littéraires et éducatifs.

Les Thèmes Récurrents

La littérature corse aborde souvent des thèmes liés à l'identité, à la nature, à la tradition et à l'histoire de l'île. Les paysages corses, avec leurs montagnes, leurs forêts et leurs côtes, inspirent de nombreux auteurs. La quête d'identité et la résistance culturelle face à l'assimilation sont également des sujets récurrents.

La Littérature Contemporaine

Aujourd'hui, la littérature corse continue de se développer, avec une nouvelle génération d'auteurs qui explorent des thèmes modernes tout en restant fidèles à leurs racines. Des festivals littéraires et des prix récompensent les œuvres en corse, encourageant ainsi la création et la diffusion de la littérature insulaire.

La littérature corse, riche et diversifiée, est un témoignage vivant de la culture et de l'histoire de l'île. Grâce à des auteurs passionnés et à un mouvement de renaissance culturelle, elle continue de prospérer et de s'adapter aux défis contemporains. En explorant les œuvres de cette littérature, on découvre non seulement une langue et des traditions, mais aussi une profonde connexion à la terre et à la communauté.

Le polar corse, ou roman policier corse, est un genre littéraire en plein essor qui s’inspire des paysages, de l’histoire et de la culture unique de la Corse. Alliant intrigue, suspense et profondeur sociologique, il offre une plongée dans les réalités complexes de l’île, entre traditions et modernité. Ce genre littéraire s’est imposé comme un moyen de raconter la Corse autrement, en explorant ses contradictions, ses mystères et ses tensions.

Conclusion

La période 1970-1985 est une phase cruciale dans l'histoire contemporaine de la Corse. Elle est marquée par une montée en puissance du nationalisme corse, des tensions sociales et économiques, et une réponse de l'État français oscillant entre répression et concessions. Ces années posent les bases des débats et des conflits qui continueront de façonner la politique corse dans les décennies suivantes.

Le riacquistu n’a pas été qu’un simple mouvement culturel, il a aussi été en phase avec le militantisme politique autonomiste et indépendantiste. Des groupes comme le FLNC ont émergé dans cette période, revendiquant une autonomie accrue ou l’indépendance de la Corse. Cependant, toutes les figures du riacquistu ne se retrouvaient pas forcément dans cette dimension politique.

Le riacquistu a profondément marqué l’île et continue d’influencer la culture corse. La langue corse a retrouvé une certaine place dans l’éducation et les médias, bien que son usage quotidien reste menacé. La musique corse issue du mouvement continue d’être populaire, et le patrimoine insulaire est mieux protégé.

Malgré cela, le défi de la transmission aux nouvelles générations reste présent. Le riacquistu 2.0 pourrait passer par les réseaux sociaux, le numérique et de nouvelles formes d’expression pour continuer à faire vivre l’identité corse.


 
 
 

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